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oct
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Elle entendait des croassements, assez nombreux mais plutôt faibles. Ils venaient sans doute du petit bosquet se trouvant près du cimetière, lui-même déjà assez éloigné du village. Il était six heures du soir, et, soudain, elle avait eu envie, besoin (comme poussée par une force extérieure), de venir ici, dans le vieux cimetière de ce village où elle avait passé toute son enfance. Où ses parents étaient enterrés. Il était vieux, délabré, et quelques hautes croix gothiques et autres pleureuses rendaient ce lieu très pittoresque.
La lumière se tamisait lentement, le Soleil partait se cacher, discrètement mais sûrement. Lorelei se sentait, comment dire, espionnée, épiée… et oppressée. Mais elle continuait à avancer, zigzaguant entre les tombeaux les croix penchées et les fleurs depuis longtemps fanées, voire disparues.
A la recherche de la tombe de ses parents, tombe qu’elle n’avait vue qu’une unique fois, peu après l’enterrement, remontant à de nombreuses années. Les croassements se faisaient plus fort, peut-être d’autres corbeaux étaient venus rejoindre les nombreux nids logés tout en haut des plus grands arbres du bosquet. Elle marchait, d’un pas presque hésitant maintenant, comme si elle avait peur de ce qu’elle pouvait trouver dans ce lugubre et trop ancien cimetière, ravivant au plus profond de son être de douloureux souvenirs, qu’elle tentait, encore aujourd’hui, de refouler.
Soudain, le croassement des corbeaux, le bruissement de leurs ailes, emplit tout l’espace, elle mit même ses mains sur ses oreilles, pour s’en protéger, mais leur vacarme était si fort, si puissant… Elle leva la tête, et vit, en direction du bosquet, où le soleil continuait toujours à descendre, un vol noir, si noir, comme la mort, ou même l’enfer. Tous les corbeaux de la région devaient être là, se dit-elle en elle-même.
Ils s’étaient envolés d’un coup, tous ensemble, comme mus par une seule et tenace volonté, et cela faisait dans le ciel comme un seul gigantesque et terrifiant corbeau, qui décollait lentement, masquant complètement le soleil, si bas maintenant qu’il touchait presque terre, a présent qu’il était en l’air. Le bruit était assourdissant, effroyablement strident, et un vent très violent s’était levé, sûrement provoqué par les ailes sur dimensionnées de ce géant et improbable volatile.
Lorelei était, totalement, pétrifiée, fixant encore le corbeau d’un oeil hagard, vide de toute expression humaine, et lui, cette bête monstrueuse, semblait regarder Lorelei, il la fixait presque, du moins c’est ce qu’elle crut. Elle était tétanisée, ne pouvant plus remuer le moindre muscle, la moindre partie de son corps, tant la peur l’avait envahie, dominée.
Le corbeau sembla baisser un peu la tête, comme pour mieux regarder le cimetière, où toutes les vieilles fleurs séchées s’étaient, évidemment, toutes envolées. Elle fit, ne sachant trop pourquoi, si ce n’est qu’elle eu comme l’impression que le corbeau le lui demandait, pareil, elle baissa la tête vers le cimetière, et c’est là, seulement maintenant, qu’elle s’aperçut qu’elle était juste devant la tombe de ses parents. Et, sur la tombe d’à côté, elle lu par hasard le nom et la date…
C’était son nom à elle, et la date était celle de la mort de ses parents, cette tombe, c’était la sienne.













